12/12/2006

Les stupéfiantes capacités des amphibiens

 

François Lubrina

La Presse

dendrobate

 

Les espèces amphibies ont cette remarquable capacité de vivre à l'air ou dans l'eau, totalement immergées ou émergées. La grenouille, le crapaud, la salamandre, le triton font partie de cette classe d'animaux à la fois familiers et bruyants, comme notre ouaouaron, repoussants comme le crapaud granuleux, fascinants comme la rainette-singe d'Amazonie, multicolores comme la grande rainette de la République dominicaine.

Ce qui caractérise sans nul doute les batraciens (anciennes appellation scientifique des amphibiens), c'est leur peau. Dépourvue de poils, de plumes ou d'écailles, elle est nue, lisse ou granuleuse. Criblée de glandes, elle sécrète un mucus qui la maintient humide en permanence. Très perméable, elle permet aux amphibiens de boire, fort curieusement, en puisant l'eau contenue dans l'air humide. Cette peau constitue aussi un excellent moyen de défense : nombre d'amphibiens possèdent des glandes venimeuses sous-cutanées sécrétant une substance d'un blanc laiteux capable de tuer un prédateur. Le venin du crapaud, concentré dans les deux glandes proéminentes situées en arrière des yeux, peut occire un lézard trop gourmand.

Mais cette peau, qui assure la survie et parfois aussi la défense des amphibiens reste néanmoins leur talon d'Achille. Ses pouvoirs prétendument magiques ou véritablement médicinaux sont connus depuis la nuit des temps. La médecine chinoise ancienne prescrivait différentes décoctions de crapaud selon le type d'affection cardiaque. Dans plusieurs tribus indiennes d'Amazonie, l'absorption des sécrétions toxiques de la grenouille-singe géante faisait entrer les indigènes en transe hallucinatoire. Quant aux propriétés toxiques et véritablement foudroyantes du venin d'une autre variété de grenouille, elles servaient à empoisonner la pointe des flèches.

Depuis 1960, des chercheurs se sont penchés sur les stupéfiantes propriétés pharmacologiques de la peau des batraciens. Ils ont ainsi pu, dans le venin de la grenouille-singe géante d'Amérique du Sud, isoler la dermaseptine, une molécule qui détruit les champignons proliférant dans la cavité cardiaque pulmonaire. Mais aussi la dermophine, mille fois plus efficace que la morphine pour bloquer la douleur. C'est pour cette raison que, en Amazonie, à l'occasion de rites initiatiques, les membres de certaines tribus indiennes, après avoir appliqué le venin de la rainette-singe sur leur brûlures ouvertes, entrent en léthargie. D'autres substances médicamenteuses ont ainsi pu être isolées de la peau des amphibiens : des antivomitifs, des antihémorragiques, des stimulants du système nerveux En Chine orientale les hynobiidés (sortes de salamandres primitives) sont réduits en poudre pour soigner les maux d'estomac.

L'autre phénomène pernicieux qui menace nombre d'espèces de batraciens, c'est, bien sûr, le développement urbain, car les promoteurs détruisent allègrement les zones humides qui servent à leur survie. Le réseau routier fragmente énormément, aussi, les habitats : en augmentant les distances entre les points d'eau, il accroît le risque que les amphibiens se fassent écraser en tentant de rejoindre la mare de reproduction. Pour contrer ce carnage, différentes initiatives ont été prises en Europe : filets tendus le long des voies de circulation les plus meurtrières, tunnels étroits creusés sous les autoroutes (ou «crapauducs») pour laisser passer les amphibiens.

Autre menace, enfin, un champignon (Batrachochytrium dendrobatidis) qui fragilise la peau des amphibiens et cause d'importants ravages dans cette population.

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08:07 Écrit par Alain dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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