20/12/2006

La Guyane au péril de l'or

Illustration : La Guyane au péril de l'orDéveloppement durable
Développement durable
Paris n'a pas permis au Canadien Cambior de creuser une mine d'or dans la montagne de Kaw, au nord de la Guyane, zone d'intérêt exceptionnel pour la faune et la flore. Mais l'entreprise qui possède une concession, pourrait revenir avec un nouveau dossier. Un autre projet minier, celui de la Rexma, voudrait s'implanter dans le sud, en bordure du futur Parc National. Le plus grand pan de forêt primaire de l'Amazonie déchaîne les convoitises. Ce petit morceau d'Europe à l'équateur pourra-t-il choisir son destin ?

La campagne a fait le tour du monde. Des milliers d'internautes ont signé un message à "dear mister Jacques Chirac", pour lui signaler cet "atrocious" development" avec lequel il "ne pouvait être d'accord" et envoyé copie à trois ministres et au préfet de Guyane. La coalition d'ONG World Forest Movement appelait à l'aide. Les défenseurs des Amérindiens se sont mobilisés. L'organisation scientifique UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et son bras financier, le WWF, ainsi que les Amis de la Terre ont fourni la documentation. La pétition francophone sur Internet a reçu 17 000 signatures en deux mois. Sur place, la FOAG (Fédération des Organisations Autochtones de Guyane) les Verts, le Parti Socialiste, puis le Conseil Régional se sont prononcés contre le projet que certains d’entre eux avaient approuvé un an plus tôt. La situation devenait inextricable. Nelly Olin, ministre de l'écologie, a confié une mission à deux inspecteurs généraux des mines et de l'environnement. C'est sur la foi de leur rapport qu'elle a refusé, le 11 octobre 2006, le projet Cambior.

La Guyane suscite les passions (voir article lié). Les autorités regardent en principe d'un bon oeil tout exploitant industriel d'autant plus que la France a dépensé il ya quelques années 270 millions de francs (41 millions d’euros), pour établir l'inventaire minier de la Guyane. A consulter ce document, le site de Kaw semble idéal : situé à 20 km de l'océan et à 5O km de Cayenne à peine, ce petit gisement est capable de produire 4 tonnes d'or par an pendant sept ans, en créant quatre cent emplois.

Mais d’un point de vue développement durable, c'est une catastrophe. Les cartes de tourisme qualifient Kaw "de lieu mystique". Des habitants de Cayenne vont se ressourcer dans cette forêt atlantique dont 30 hectares, selon Le Monde, ont déjà été déboisés pour le projet. En aval de la mine, entre montagne et océan, s'étendent les marais de Kaw, dernier habitat en Guyane du caïman noir, espèce prioritaire, très menacée dans toutes les Amériques, pour sa peau somptueuse. Sept ans auront vite passé, resteront les cratères, évidés par une flotte de pelleteuses et de camions de plus de 100 tonnes qui auront brûlé 500 litres de fuel à l'heure, selon le calcul des inspecteurs du ministère. Cambior, selon le même rapport, ne compte dépenser en soins pour l'environnement qu'un «millième du produit escompté de la mine», ce qu'ils estiment insuffisant «Le parc à résidus prendra la place d'un marais d'une grande richesse écologique», et « l'emprise globale du projet concerne 800 hectares.» Ainsi y trouve-t-on une zone de droits d'usage collectif (ZDU) Ces ZDU de chasse, pêche et autres activité traditionnelles constituent la réponse de la République à la vieille revendication de propriété collective des Amérindiens et des noirs-marrons (descendants de fugitifs du Surinam). En l'occurrence il s'agit de Palikurs, de langue arawak, qui vendent "le produit de leur travail à des prix ridiculement bas" a écrit l'ethnobotaniste Anne Gely dans un rapport sur les pratiques agricoles. Une fois de plus ces derniers ont cédé et accepté, pour un euro par jour et par personne, que la route de la mine, fréquentée par des camions lourds, parfois chargés de toxiques traverse leur village pendant sept ans. La FOAG a dénoncé cet accord au tribunal.

Pollution au cyanure

Le projet arrêté par la ministre peut toujours ressurgir en ayant été revu pour tenir compte des critiques des inspecteurs du gouvernement français. Il ne manque que l'autorisation d'exploiter aux normes Seveso (installations classées dangereuses). C’est la technique de séparation de l'or au cyanure qui est employée dans le monde entier qui est en cause. Si une société comme Newmont se flatte de confiner ce toxique mortel dans des camions à double-cuve pour le transport et des bassins-doubles pour le traitement du minerai, en adhésion volontaire au Code International de la Gestion du Cyanure (International Cyanide Management Code), pour la protection des travailleurs, des populations et de l'environnement, ce n’est pas le cas de Cambior. La société est surtout connue pour avoir déversé, par accident, 3,4 millions de m3 d'eau cyanurée, à la mine d'or d'Omai au Guyana (ex Guyane britannique), en 1996, ce qui a donné lieu à un procès d'un milliard de dollars. Elle aussi subi une grève dure au Surinam pour l'obtention d'une convention collective qu'elle a dû finalement concédée. De toutes façons, Cambior n'existe plus. Le 11 novembre 2006, Iamgold, autre opérateur canadien, l’a absorbée et a fermé son site Internet. Si le projet revient, ce sera sous un autre nom.

Au sud de la Guyane, la société Rexma a obtenu un permis de recherche de mines d'or, près du village de Saül, à 3 km seulement de la "zone coeur" du futur Parc National Amazonien, où sera interdite toute activité minière. Selon le Monde, Nelly Olin a écrit à François Loos, ministre délégué à l'industrie, lui demandant de retirer ce permis et d'étudier le dédommagement de la compagnie puisque «la création du parc va l'empêcher d'effectuer ses recherches.» Contactée par Novethic, le cabinet de Nelly Olin confirme, sans commenter un courrier "qui aurait dû rester confidentiel". La France a pris beaucoup de retard dans la création de ce parc, promis par François Mitterrand, devant l'ONU à la conférence de Rio de 1992. On estime que 10 000 personnes dont 4000 clandestins, vivent dans la zone concernée et toutes n'en attendent pas le même bénéfice. L'orpaillage ne durera pas décennies. La commune de Saül, qui préfère l'éco tourisme, rechigne à un processus qui ne la protègerait pas de l'industrie. 292 Amérindiens, qui se sentent menacés, demandent qu'on inscrive la région du Haut Maroni dans la zone dont le dessin les a exclus. Seront-ils entendus ? Selon le cabinet de Nelly Olin, la ministre signera le décret de création du Parc National Amazonien, en février 2007.



Marie-Paule Nougaret
Mis en ligne le : 19/12/2006

21:05 Écrit par Alain dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Joyeuses Fêtes de Noël Bonjour Alain,

Jade et Pauline mes petites filles viennent passer les vacances de Noël à la maison, aussi, je vais m’occuper d’elles et délaisser durant quelques jours mon blog.

Je ne t’oublie pas pour autant et te souhaite d’excellentes Fêtes de Noël.

Bisousssssssssssssà toute l'équipe.
Pich

Écrit par : pich | 21/12/2006

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