17/03/2009

LOUIS XIV : le 1er defenseur de la nature

Il était une fois... l’ordonnance du roi Louis XIV interdisant la chasse aux tortues;

SIGNATURE DE LOUIS XIV

Louis-xiv-signature

Le 27 février 1713, le roi Louis XIV, dans son château de Versailles, signe une ordonnance interdisant la chasse aux tortues de terre dans l’île Bourbon car l’espèce apparaît en danger.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour bien comprendre cette ordonnance, revenons un peu sur nos pas pour évoquer la situation de notre île au tout début de la présence humaine, lorsqu’elle ne portait pas encore le nom de La Réunion, puisque ce n’est qu’en 1793, le 19 mars, qu’on lui a donné ce nom, par décret de La Convention. Bien sûr, à l’origine, il n’y avait pas d’habitant ; l’océan Indien était vide de terres et d’îles à quelques exceptions près. Un jour, par hasard, un vaisseau accostait chez nous. A son bord, des dizaines de malades : dysenteries qui vous vident par l’intérieur, fièvres de toutes sortes qui vous soumettent des accès froids ou chauds, scorbut avec vos dents qui déchaussent et sortent des cavités maxillaires. De temps en temps, on enfournait un cadavre dans un sac et on le lançait dans la mer et cela faisait un "plouf !" sonore et le sac s’enfonçait dans les entrailles de l’océan Indien. Les autres vivants ou à demi-vivants restaient là, songeurs, à se demander quand leur tour à eux viendrait. Alors, lorsque d’en haut du mât, la vigie a crié : « terre ! terre ! », les hommes d’équipage ont sauté de joie ; La terre était là, devant eux, accueillante ; et quelle terre ? Quasiment le paradis terrestre ! Une grande forêt, du battant des lames au sommet des montagnes et toutes sortes d’arbres : fougères arborescentes plus connues sous l’appellation de fanjans, petits nattes, grands nattes, tamarins des hauts, bois de chandelle, bois de senteur, bois de maman, bois d’oiseaux, bois de source… et on s’arrête là, car jusqu’à demain, la liste n’en finirait pas.

Disons que c’était le paradis !

Très vite, ils descendirent du navire, ils se roulèrent dans l’herbe et se mirent à boire de l’eau d’une source pour étancher leur soif, et comme par miracle, ils allaient mieux. Ceux qui étaient faibles se retrouvaient ragaillardis. C’est tout juste si les morts ne ressuscitaient pas ! Mais trêve de plaisanteries, les nouveaux venus avaient l’impression de redécouvrir le paradis terrestre avec des oiseaux de toutes les couleurs sans crainte vis-à-vis des humains qui venaient les voir se percher sur leurs épaules, et même manger dans leurs mains… des pigeons, des perroquets, des ibis ainsi que des dodos, ces gros oiseaux de légende, bien en chair, bien gras, qui n’arrivaient même pas à prendre leur envol. Quelques coups de bâtons et vous aviez votre provision de gibier, et cela faisait d’excellents rôtis et autres brochettes et grillades. De là où je me trouve, je vous vois saliver à loisir ! De plus, l’île ne manquait pas de poissons... des anguilles énormes qui auraient pu vous faire tomber si vous traversiez les rivières sans précautions.

Dommage que l’on n’ait pas pu au moins sauver les tortues !

Il y avait aussi des tortues en quantité et d’une grosseur incroyable ; assez costaudes pour transporter un homme sur leur coque, et de la chair en veux-tu, en voilà. Le seul inconvénient, c’est qu’il valait mieux ne pas dormir sur le sable, sinon vous risquiez de vous faire marcher dessus. Une tortue suffisait à nourrir vingt-cinq personnes, et leur foie succulent, je ne vous dis que cela. Le goût pays avant la lettre ! Mais aussitôt découvertes et le massacre de commencer, les bateaux venaient s’y approvisionner. Alignées sur les ponts des navires, l’une derrière l’autre, au nombre de deux ou trois cents, elles attendaient le couteau du bourreau. C’est sûr que leur disparition était programmée et c’est pourquoi le roi de France avait pris son ordonnance du 27 février 1713 interdisant qu’on les chasse. Mais cette ordonnance n’a connu aucune application effective : le massacre a continué et l’espèce a disparu. Les anciens diront avoir vu la dernière tortue géante dans le Jardin de l’État. Il y en avait une effectivement, morte dans les années 50 du siècle dernier, mais était-ce une survivante de Bourbon ou venait-elle des Seychelles ou d’une autre île cousine ? Personnellement, nous n’en savons rien, mais nous pouvons constater que l’espèce a été physiquement liquidée par nos ancêtres.

La tortue de terre, une des victimes, mais pas la seule !

Mais ce que l’on a fait des tortues, on l’a fait aussi des poissons, des oiseaux et des autres merveilles de la nature : on a défriché sans ménagement, assassiné sans vergogne, détruit, saccagé. Les dégâts que nos ancêtres n’ont pas commis eux-mêmes, les animaux venus avec eux l’ont fait à leur place : les chiens, les chats, les rats, les porcs, les chèvres... Et nous autres aujourd’hui, pensez-vous que nous respections la nature comme elle le mérite… on empoisonne bien nos rivières, on arrache aussi l’écorce des arbres sans ménagement pour en faire des tisanes avec ou sans efficacité, les tangues sont menacés d’extinction, il n’y a quasiment plus de merles, de petits coqs et autres becs roses… C’est triste de le dire ainsi, mais on a l’impression que nous avons en nous un instinct de mort, qui nous pousse à détruire, massacrer, assassiner. Ne pensez-vous pas qu’il serait temps de prendre conscience pour que nos enfants et petits-enfants puissent vivre bien sur la Terre qui est la nôtre et pour sauvegarder une part de notre bio-diversité ? Du moins, ce qu’il en reste.

G et R. Gauvin

13:42 Écrit par Alain dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

DEMANDE DE PARTENARIAT L'ASSOCIATION ADCAF, PROMOUVOIR UN NOUVEAU DEVELOPPEMENT DURABLE, HUMAIN INTEGRANT LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT.

Écrit par : IBRAHIMA NDIAYE | 08/04/2009

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