18/03/2009

Quand la foret est malade , l'homme est aussi...

Une Amazonie plus sèche intensifierait l’effet de serre

17mars
2009

Rivire_en_amazonie_en_2005 Si l’Amazonie s’assèche, le climat planétaire se réchauffera encore plus. Dicton populaire? Prévision au doigt mouillé? Non, juste une conclusion inquiétante d’une publication parue dans la revue Science signée par 68 scientifiques de 14 pays coordonnés par le réseau Rainfor (Réseau pour l’inventaire des forêts amazoniennes).

Cette étude, qui dévoile la réaction de la forêt amazonienne à une sécheresse annuelle marquée, survenue en 2005, est d’une ampleur sans précédent. Elle rassemble des mesures relevées sur plus de 100 sites forestiers répartis sur plus de 600 millions d’hectares de l’Amazonie, au Brésil, en Equateur et en Guyane française, où se trouvent des équipes de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et de l’université Paul Sabatier de Toulouse. Chercheurs, comme Jérome Chave ou Lilian Blanc que j'ai pu rencontrer sur le terrain, à la station de recherche des Nouragues et sur le site de Paracou en Guyane pour un reportage paru dans Libération (ici page une , deux , trois ).
Le résultat de cette étude peut surprendre puisqu’il contredit une étude parue en 2007, dans Science, qui, a partir de données satellitaires reliait les zones les plus affectées par la sécheresse avec celles où... la photosynthèse des arbres avait été la plus active. La sécheresse bonne pour la croisssance des arbres... et donc le stockage de CO2 ? On peut lire sur Iceblog une discussion du sujet avec les liens vers les articles.

Alors que cette étude de 2007 était fondée uniquement sur la télédetection par satellite (ci dessous les zones les plus «verdissantes» durant la secheresse de 2005), les scientifiquesZones_les_plus_vertes_durant_la_sch de Rainfor ont utilisé des données de croissance de plus de 100 000 arbres, enregistrées depuis trente ans, et étudié les mortalités et les nouvelles pousses. Ils ont pu comparer les données de ces trois décennies à celles de l’année 2005, où la sécheresse fut intense – l’une des plus fortes depuis un siècle – et largement ressentie à travers l’Amazonie.

Cette sécheresse n’a pas été provoquée par les caprices de l’océan Pacifique (les alternances des courants chauds et froids, El Niño et La Niña) mais par un réchauffement de la surface de l’océan tropical nord-Atlantique. Elle est inquiétante à double titre: elle affecte les deux tiers de l’Amazonie en y réduisant les précipitations et en élevant les températures; et surtout, elle serait, selon certaines simulations, favorisée par le climat du XXIe siècle, modifié par le renforcement de l’effet de serre. Même s'il faut se garder d'une vision simpliste : l'Amazonie est vaste et l'on peut avoir, la même année, plus de pluie que la moyenne ici, et moins là. Et la prévision des précipitations fait partie des domaines les plus délicats des simulations informatiques, les modèles se contredisant souvent.

Foret_tropicale Les scientifiques du réseau Rainfor ont donc décidé d’étudier ses conséquences sur la forêt amazonienne en termede cycle du carbone. Ce fameux carbone qui constitue le principal facteur humain d’intensification de l’effet de serre lorsqu'il est émis massivement sous forme de gaz dans l’atmosphère, en brûlant charbon, pétrole, gaz et en détruisant les forêts tropicales. Jusqu’à présent, la forêt amazonienne – principale forêt tropicale avec 820 millions d’hectares – n’était considérée que sous l’angle de sa déforestation, source d’émission de gaz carbonique supplémentaire. 

Longtemps, les spécialistes ont considéré que, malgré l’énorme quantité de carbone qu’elle représente sous la forme d’arbres et de stocks du sol, son bilan était équilibré: ni émettrice vers l’atmosphère, ni en phase de stockage dans le sol ou les arbres. En 2007, toutefois, une étude montrait que les forêts tropicales constituent un «puits» de carbone, stockant environ un milliard de tonnes par an. Dès lors, l’importance de leur gestion était clairement apparue, puisque l’affaiblissement de ce puits risque d’accélérer l’intensification de l’effet de serre. Voici l’article que j'ai consacré à cette étude dans Libération (page une , deux , trois ) en septembre dernier.

Avec cette nouvelle étude, les scientifiques ont mis en évidence un nouveau risque, plus grave, car relevant d'une «rétroaction positive» autrement dit auto-amplificatrice. Lors d’une sécheresse grave, comme en 2005, la mortalité des arbres anciens augmente tandis que la croissance des jeunespousses ralentit. Du coup, la forêt captemoins de carbone de l’air et en dépose sur le sol, sous la forme d’arbres morts. Une fois décomposé, ce carbone rejoint l’atmosphère et intensifie l’effet de serre. L’échelle de l’Amazonie fait le reste: étendu à l’ensemble de l’écosystème forestier, cela représente 5 milliards de tonnes de CO2. D’où la formule: assèche l’Amazonie, tu réchaufferas la Terre. Les scientifiques en soulignent l’ampleur: l'effet mesuré équivaut à celui qui résulte annuellement des déforestations au profit d’activités agricoles dans le monde entier. De quoi, concluent les auteurs de l’article de Science, «altérer fortement le bilan régional du carbone et de ce fait accélérer le changement climatique» planétaire.

(Cette note reprend et augmente l’article paru ce jour dans Libération.)

La référence de l’article : Oliver L. Phillips et al. Science du 5 mars 2009

11:16 Écrit par Alain dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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